Les sous-munitions font 3 victimes par jour

Les sous-munitions font 3 victimes par jour

Cluster Munition Monitor Report 2017: le nombre des victimes a plus que doublé entre 2015 et 2016

Jeudi 31 août 2017 — Le rapport 2017 de l'Observatoire des sous-munitions fait état de l’augmentation vertigineuse des nouvelles victimes d’armes à sous-munitions, notamment en Syrie. Malgré une adhésion plus importante de la part des états à la Convention d’Oslo, le nombre des victimes a plus que doublé entre 2015 et 2016. La quasi-totalité des victimes sont des civils. Handicap International appelle les Etats à appliquer le droit international et à faire pression sur les belligérants pour qu’ils cessent d’utiliser cette arme. 

Le rapport montre que le nombre de personnes tuées ou blessées par des armes à sous-munitions a plus que doublé entre 2015 et 2016: 971 personnes ont été victimes de ces armes barbares en 2016 (419 en 2015). 98 % des victimes des sous-munitions recensées dans le monde sont des civils, soit la quasi-totalité d’entre elles. Et ce bilan est très probablement en dessous de la réalité. Le conflit syrien a causé à lui seul 89 % des victimes des armes à sous-munitions recensées dans le monde en 2016, soit 860 victimes sur un total de 971. 51 nouvelles victimes ont été recensées au Laos et 38 au Yémen.
 
Au total, 6 Etats et un territoire ont été concernés par l’utilisation de sous-munitions depuis janvier 2015: en plus de la Syrie et du Yémen, l’utilisation d’armes à sous-munitions a été encore recensée au Haut-Karabakh, territoire disputé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et en Somalie en 2016, en Ukraine, au Soudan et en Libye début 2015. D’autre part, selon des informations solides mais pas encore confirmées, des armes à sous-munitions auraient été utilisées en Libye et en Irak en 2016 et début 2017.
 
«Handicap International appelle les belligérants à stopper immédiatement toute utilisation de sous-munitions. Elle appelle également les Etats à faire pression sur les pays qui utilisent des sous-munitions afin que ceux-ci cessent de telles pratiques. Ils doivent condamner fermement et systématiquement toute nouvelle utilisation», explique Alma Al-Osta, responsable du plaidoyer 'armes' chez Handicap International à Bruxelles.
 
Alors que la vaste majorité des nouvelles victimes (857) ont été blessées ou tuées lors d’attaques utilisant des armes à sous-munitions, 114 personnes ont été victimes des restes de sous-munitions en 2016, parfois même longtemps après la fin d’un conflit. En effet, jusqu’à 40 % de ces armes n’explosant pas à l’impact, les sous-munitions deviennent aussi dangereuses que des mines antipersonnel et rendent des zones entières inhabitables. La moitié des accidents recensés en 2016 ont eu lieu au Laos, pays le plus contaminé au monde par les sous-munitions. Au total, 26 Etats et trois territoires sont contaminés par les restes de sous-munitions dans le monde.
 
 «Handicap International appelle les Etats à soutenir les programmes d’assistance aux victimes. Les blessures causées par les sous-munitions sont parmi les plus difficiles à traiter. L'explosion déchiquète un ou plusieurs membres, projette des éclats dans le corps. Les personnes blessées doivent souvent être amputées. Elles peuvent souffrir d'une incapacité permanente avec les conséquences sociales, économiques et psychologiques qui en découlent. Sans soins de réadaptation, sans soutien pour leur réinsertion sociale, économique, scolaire, sans aide psychologique, etc., les victimes et leurs familles peuvent rencontrer de terribles difficultés à retrouver leur place au sein de leur communauté», indique Alma Al-Osta.

 

Le rapport 2017 de l'Observatoire des sous-munitions dresse le bilan de l’application de la Convention d’Oslo qui interdit l’emploi, la production, le transfert et le stockage des armes à sous-munitions sur la période allant de janvier à décembre 2016. Le rapport couvre également le premier semestre 2017 quand l’information est disponible.

Les bombes à sous-munitions sont des armes composées d’un conteneur regroupant jusqu’à plusieurs centaines de mini-bombes appelées sous-munitions. Conçues pour être dispersées sur de larges surfaces, elles atteignent inévitablement des zones civiles. Jusqu’à 40 % d’entre elles n’explosent pas à l’impact. Comme les mines antipersonnel, elles peuvent être déclenchées au moindre contact, tuant et mutilant pendant et après les conflits. En n’opérant aucune distinction entre personnes et biens civils et cibles militaires, les bombes à sous-munitions violent les règles du droit international humanitaire.

La Convention d’Oslo compte désormais 102 Etats parties et 17 Etats signataires. Le Bénin et Madagascar ont récemment ratifié la Convention. Depuis l’entrée en vigueur de la Convention le 1er août 2010, 28 Etats parties ont détruit 1,4 million de stocks d’armes à sous-munitions, soit 175 millions de sous-munitions. Cela représente 97 % de toutes les armes à sous-munitions et 98 % des sous-munitions déclarées par les Etats parties. 
En 2016, la Suisse, l’Espagne et la Slovaquie ont détruit 56 171 armes à sous-munitions et 2,8 millions de sous-munitions. En 2016, un total de 88 km2 ont été déminés et 140 000 sous-munitions ont été sécurisées et détruites.

Handicap International Handicap International est une association de solidarité internationale indépendante, qui intervient depuis plus de 30 ans dans les situations de pauvreté et d'exclusion, de conflits et de catastrophes. Oeuvrant aux côtés des personnes handicapées et vulnérabilisées, elle agit et témoigne pour répondre à leurs besoins essentiels et améliorer leurs conditions de vie. Elle s'engage à promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. Depuis sa création en 1982, Handicap International a mis en place des programmes de développement dans plus de 60 pays et intervient dans de nombreuses situations d'urgence. Le réseau de 8 associations nationales (Allemagne, Belgique, Canada, Etats-Unis, France, Luxembourg, Royaume-Uni et Suisse) œuvre de manière constante à la mobilisation des ressources, à la cogestion des projets et au rayonnement des principes et actions de l'organisation. Handicap International est l’une des six associations fondatrices de la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL), co-lauréate du prix Nobel de la paix en 1997 et lauréate du Prix Conrad N. Hilton 2011. Elle agit et témoigne partout où «vivre debout» ne va pas de soi.
 

Sous-munitions en Libie © JJ. Bernard /Handicap International
Kisangani © Kelvin Batumike
Burundi © Dieter Telemans / Handicap International
Session de revalidation en Syrie © C. Fohlen/ handicap International
Irak © Elisa Fourt / Handicap International
Sénégal © Handicap International