Mines antipersonnel: + 150 % de victimes en trois ans

Jeudi 14 décembre 2017 — Alors que la conférence des États parties au Traité d’Ottawa se tient du 18 au 22 décembre à Vienne en Autriche, Handicap International appelle les États à appliquer le Droit international humanitaire et à faire pression sur les belligérants pour arrêter d’utiliser ces armes barbares.

Principal constat du nouveau rapport 2017 de l’Observatoire des mines : le nombre annuel de nouvelles victimes de mines et restes explosifs de guerre augmente de façon spectaculaire pour la troisième année consécutive. Au moins 8 605 personnes ont été tuées ou blessées par ces armes en 2016 alors qu’elles étaient 3 450 en 2013. Cette augmentation de 150 % s’explique par des bilans particulièrement lourds dans les zones de conflit en Afghanistan, en Libye, en Ukraine et au Yémen.

Le rapport montre que le nombre de nouvelles victimes de mines antipersonnel - industrielles ou de fabrication artisanale – et restes explosifs de guerre a augmenté de presque 25 % en un an, passant de 6 967 victimes en 2015 à 8 605 victimes en 2016. Ce nombre avait déjà quasiment doublé entre 2014 et 2015 (6 967 nouvelles victimes en 2015 contre 3 993 en 2014). En passant de 3 450 en 2013 à 8605 en 2016, le nombre annuel de nouvelles victimes a été multiplié par 2,5 en trois ans.

Le bilan le plus lourd depuis 1999 !

Ce bilan est également le plus lourd enregistré par l’Observatoire depuis la publication de son premier rapport annuel en 2000, qui recensait 9 228 victimes  en 1999. Le nombre de nouvelles victimes augmente ainsi pour la troisième année consécutive après 15 ans de baisse presque continue.

Autre constat inquiétant: les mines antipersonnel continuent de tuer très majoritairement des civils : 78 % des victimes étaient des civils en 2016, dont 42 % d’enfants.

Enfin, jamais l’Observatoire n’a comptabilisé autant d’enfants victimes de ces armes et de victimes de mines artisanales (engins explosifs fabriqués par les belligérants faisant office de mines) depuis la publication de son premier rapport annuel : en 2016, 1 554 enfants ont été victimes de mines et de victimes de mines artisanales (engins explosifs fabriqués par les belligérants faisant office de mines).

61 pays contaminés

En 2016, la majorité des nouvelles victimes des mines antipersonnel - industrielles ou de fabrication artisanale – et restes explosifs de guerre ont été enregistrées en Afghanistan, en Libye, en Syrie en Ukraine et au Yémen. Au total, les victimes de mines ont été dénombrées dans 56 État et territoires dans le monde.

L’Observatoire confirme de nouvelles utilisations de mines antipersonnel par les forces gouvernementales du Myanmar et de Syrie entre octobre 2016 et octobre 2017. Des groupes non étatiques ont également utilisé des mines antipersonnel, dont des mines de fabrication artisanale, dans au moins neuf pays : Afghanistan, Inde, Irak, Myanmar, Nigeria, Pakistan, Syrie, Ukraine et Yémen.

Ces utilisations ont engendré une contamination accrue qui met en danger la vie de milliers de personnes à long terme. Au total, 61 États et territoires sont contaminés par les mines et les restes explosifs de guerre dans le monde. Handicap International appelle les États à soutenir les programmes d’éducation aux risques, de déminage et d’assistance aux victimes qui sont, pour ces pays et territoires, absolument nécessaires.

« La mine antipersonnel est par nature ‘l’arme des lâches’. Ses conséquences sont lourdes et durables pour les survivants : sa charge d’explosif est le plus souvent calculée pour arracher la jambe de sa victime. Les mines tuent et causent des blessures complexes avec souvent de graves séquelles invalidantes, ainsi que des traumatismes psychologiques lourds. L’invalidité qu’elle engendre – la plus courante étant consécutive à l’amputation d’un membre inférieur - s’accompagne souvent d’une stigmatisation sociale qui rend difficile le retour de la victime à la vie normale. Nous devons rappeler sans relâche aux États et aux groupes armés que l’utilisation de ces armes est interdite et que le droit international doit être respecté » déclare Jean Van Wetter, directeur général de Handicap Internatioal Belgique.

Fayaz a perdu ses deux jambes à cause d'un reste explosif de guerre au Cachemire quand il avait 3 ans. Il a suivi des séances de réadaptation avec Handicap International. Il a reçu deux prothèses et a réappris à marcher.<br/>© M. Ashraf / HI<br/>Fayaz a perdu ses deux jambes à cause d'un reste explosif de guerre au Cachemire quand il avait 3 ans. Il a suivi des séances de réadaptation avec Handicap International. Il a reçu deux prothèses et a réappris à marcher.<br/><br/>Publié le 14 décembre, le rapport 2017 de l’Observatoire des min